Allié·e·s cis vs transphobes : quand et comment intervenir ?

Ce texte est la traduction adaptée au contexte français d’un post de Sam Hope, que vous pouvez retrouver sur le site A Feminist Challenge Transphobia

Ne boostez pas les publications transphobes

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De nombreux·ses transphobes agissent dans le but d’attirer l’attention et faire de l’audience sur les réseaux sociaux. A chaque fois que vous partagez par colère un article transphobe, la personne qui l’a écrit gagne, peu importe que vous vous soyez indigné·e. Au contraire, ce qui va desservir l’auteur de l’article c’est de ne pas le partager et même de ne pas le commenter pour dire combien il est mauvais.

Si le but de l’auteur·ice ou du publicateur est d’obtenir une bonne couverture médiatique, il n’y a pour lui pas de mauvaise publicité. Les algorithmes des réseaux sociaux rendent le scandale et la polémique lucratifs. En voulant tacler ces discours, on ne va les rendre que plus visibles et faire de leurs auteurs de courageux héros auprès des autres personnes qui partagent ces idées haineuses. Plus ces arguments sont entendus, plus ils gagnent du terrain cela même si ils sont réfutés.

Exemple : les gens qui croient que le changement climatique n’existe pas ont presque tous vu ou entendu un certains nombre de preuves de sa réalité. Mais les arguments controversés des climato-sceptiques attirent toujours car ils sont justement controversés et attirent en conséquence l’attention des médias, là où une argumentation construite passe inaperçue.

Le but de ces stratégies est d’inonder les médias de tellement d’idées absurdes qu’il devient épuisant de les réfuter toutes et tout le temps. Dans cette situation, la réalité est réduite à des postures où triomphe celui qui vend le mieux la sienne.

Les transphobes sont particulièrement rodé·e·s à cette tactique et les personnes trans et leurs allié·e·s sont rapidement épuisé·e·s de devoir fournir continuellement des preuves pour réfuter leurs propos. Et parce que la plupart des médias reprennent leur propagande sans la vérifier, celle-ci y gagne un vernis de vérité auprès du public.

Peu importe qu’il y ait un quasi-consensus sur l’authenticité des expériences trans et l’importance de lutter pour leur sécurité et leurs droits.

Peu importe qu’il n’y ait aucune preuve que les droits des personnes trans mettent d’une quelconque façon en danger les femmes cis.

La seule chose qui compte est que leur propos soient repris et boostés tout comme ont pu être boostées les thèses climato-sceptiques en dépit du consensus scientifique.

Lorsque vous partagez ou commentez un article anti-trans, vous aidez malheureusement à renforcer l’audience de cet article. Si vous créez une discussion à la suite d’un article partagé par un ami sur facebook ou twitter, vous amplifiez aussi l’audience de cet article. Donc juste un conseil : abstenez-vous de le faire, merci.

Prenez en compte les conséquences sur vos ami·e·s trans

Peut-être pensent-ils qu’il est utile de montrer leur soutien, ou que notre contribution serait utile pour contrer ce qui a été dit, mais en réalité ils contribuent simplement à accentuer notre détresse et la diffusion de ces messages de haine.

Les transphobes – et cela inclut les soi-disant féministes « gender-critical » [ou TERFs] – terrorisent nombre d’entre nous. Beaucoup ont été réellement traumatisé·e·s par la haine avec laquelle elles nous visent. Je suis personnellement sujette à un syndrome de stress post-traumatique chaque fois que je suis témoin de leur haine en ligne ou dans la vie réelle, conséquence d’affreuses expériences vécues tout le long de ces deux dernières décennies.

Quand le propos est vicieux ou ostensiblement haineux, c’est terrible. Mais quand la rhétorique est polie, habile et manipulatrice, à base de sous-entendus volontairement ambigus, c’est encore bien pire.

Il n’y a rien de pire qu’un·e agresseur·euse qui vous attaque en pleine face tandis que les autres personnes regardent et ne se rendent pas compte que vous vous faites agresser. Aussi les transphobes les plus toxiques sont ceux qui partagent des « inquiétudes légitimes » – qui ne sont en réalité que d’habiles et faux raisonnements s’en prenant à nos droits et incitant à s’en prendre à nous de manière violente.

Les plus toxiques sont ceux qui expriment de la compassion pour les transphobes mais dépeignent les personnes trans réclamant simplement le respect de leurs droits comme des agresseur·euse·s ou même des prédateur·ice·s. Les plus toxiques sont ceux qui parviennent à convaincre que ce sont elles les victimes alors même que nous pointons du doigt leur transphobie. 

Les vies, les identités et les droits des personnes trans ne sont pas un débat.

Ces agresseur·ice·s sont très doué·e·s pour mettre les gens de leur côté en étant tour à tour sympathique ou à jouer les victimes. Et ils sont encore meilleurs quand il s’agit d’énerver leur victimes jusqu’à ce qu’elles craquent et répliquent. Aussi les traiter comme des personnes intelligentes et sensées en engageant la discussion a deux conséquences : les inclure socialement et à l’inverse, même involontairement, nous exclure.

Cela, car l’espace de discussion devient alors un endroit où la question de mes droits est sujette à débat, alors qu’elle ne devrait même pas se poser. Des choses y sont dites qui peuvent réveiller mon stress post-traumatique, tandis que mes ami.e.s cis n’ont pas idées de l’impact de ces discours sur moi ou les autres personnes trans.

Si j’ose finalement participer au « débat », c’est au risque de m’énerver et de me sentir déstabilisé·e, de ne pas être suffisamment « poli·e » avec la personne qui exerce une violence subtile mais dévastatrice envers moi et, au final, de me faire reprocher par mes supposées allié·e·s de desservir ma cause.

Parce qu’il ya un petit mais audible nombre de transphobes dans les milieux féministes et/ou de gauche, nous sommes susceptibles de rencontrer ces personnes au cours de nos activités militantes ou par l’intermédiaire de nos ami.e.s. Aussi, lorsque des allié·e·s cis nous taguent pour nous inviter dans une discussion, partagent un article transphobe ou encore font des commentaires sur un post public transphobe qui apparait ensuite dans notre timeline, ils renforcent nos traumatismes.

Peut-être pensent-ils qu’il est utile de montrer leur soutien, ou que notre contribution serait utile pour contrer ce qui a été dit, mais en réalité ils contribuent simplement à accentuer notre détresse et la diffusion de ces messages de haine.

Imposez des sanctions

Si débattre avec des transphobes ne fait pas avancer le propos, alors comment pouvons-nous nous opposer à la haine ? Imposer des sanctions est une des choses que nous pouvons faire.

Il s’agit de demander aux personnes de prendre la responsabilité de leurs agissements. Si les prédicateur·ice·s de haine insistent si souvent sur la « liberté d’expression », c’est qu’ils/elles veulent avoir la liberté de dire tout ce qui leur passe par la tête sans avoir à en gérer les conséquences et se servir de cet argument implacable pour anéantir toute possibilité de dialogue avec une personne qui tenterait d’imposer des sanctions contre eux. Et cela car les sanctions, ça fonctionne. 

Ne pas relayer des publications transphobes, supprimer les commentaires transphobes postés sur nos pages, signifier aux gens que nous refusons les côtoyer si ils/elles continuent à propager de la haine, appeler au licenciement d’une personne, supprimer cette personne de nos ami.e.s, le/la bloquer, appeler au boycott de leurs événements, sont autant d’actions qu’il est possible de faire.

Évidemment, les transphobes se plaindront, et c’est précisément parce que ces actions sont efficaces qu’elles le feront.

Les réponses à la transphobie doivent être adaptées et proportionnées, mais souvent nous les pondérons par peur d’un retour de flamme, alors que l’agression que nous subissons devrait être entendue.

Les transphobes s’en tirent souvent bien parce que ce sont des harceleur·euse·s de nature et que les gens ont peur de s’opposer à elleux, se rendant ainsi complices de leurs agissements. 

Ils/elles appelleront cela de la censure, mais ça n’en est pas une car c’est d’abord la conséquence de leurs agissements. Ils/elles invoqueront un « puissant lobby trans ». Pourtant, nous devons garder en tête que notre but est que ces personnes prennent la responsabilité matérielle et sociale de leurs actes.

N’ayons pas peur de gagner le pouvoir dont nous avons besoin pour avoir une place égale dans la société.

Notre objectif est d’avoir des droits égaux, et de faire taire les argumentations maintes et maintes fois démontées de personnes qui ne donnent pas la peine de faire leur part du travail. Nous devons faire en sorte que les discours haineux aient des conséquences pour les personnes qui les tiennent plutôt que pour les personnes qu’ils visent.

Lorsqu’un·e ami·e dit quelque chose de transphobe :

Commencez par lui envoyer un message privé en lui demandant si il/elle a conscience du caractère transphobe de son propos, et si il/elle peut le retirer.

  • Si il/elle refuse d’admettre la situation, demandez-lui si il/elle souhaite s’engager sur un travail de responsabilisation.
  • Rappelez-lui que ce n’est pas à lui/elle de déterminer ce qui est transphobe, et qu’il est peu probable qu’il/elle en sâche plus que les personnes trans elles-mêmes sur leurs expériences de vie et leurs droits.
  • Rappelez-lui aussi le contexte actuel et que si il/elle est peut-être une victime de désinformation, il/elle a tout à gagner à se rallier aux luttes trans. 
  • Si cet.te ami.e refuse toujours de se remettre en question, il sera peut-être préférable de le/la supprimer de votre liste d’ami.e.s, et si il/elle s’engage davantage dans une voie transphobe, pensez à prévenir vos ami.e.s en commun de la situation.

Lorsque nous prenons publiquement partie pour les personnes harcelées plutôt que pour les harceleur·euse·s, cela peut nous faire peur et exposer à des retombées. Mais cela envoie surtout un message fort aux personnes tiers : malgré notre tendance à suivre le troupeau nous pouvons aussi dire stop au harcèlement.

Les sanctions doivent être proportionnées à la faute commise, mais il ne faut sous aucun prétexte minimiser les effets des campagnes transphobes. Les propos haineux étant à la base de la violence graduelle visant les groupes marginalisés, ils méritent simplement la tolérance zéro.

Éduquez-vous vous-même et les autres et défendez-nous

Bien que les articles positifs pour les personnes trans n’auront jamais la portée des articles négatifs et vecteurs de haine, vous pouvez vous informer et informer les autres en suivant et partageant le travail de personnes trans connues sur les réseaux sociaux.

Assurez vous d’être très bien informé·e avant de vous lancer dans un débat sans argument –  Les TERFs / Gender Criticals sont malins peuvent faire croire tout et son contraire. Avoir une argumentation médiocre à y opposer vous compliquera la tâche. Neuf fois sur dix je vois des personnes cis tomber dans les pièges rhétoriques des transphobes car elles n’en savent pas assez.

Alors sachez déjà de base que :

  • Les vies, les identités et les droits des personnes trans ne sont pas un débat.
  • Les droits des personnes trans ne nuisent à personne, quiconque dit le contraire répande de fausses informations.
  • L’idée perverse selon laquelle les femmes trans sont une menace pour les femmes cis est une fiction qui occulte les violences réelles que subissent les femmes trans.
  • Délégitimer les expériences vécus des personnes trans et s’attaquer à leurs droits est une forme de violence structurelle

Si vous êtes un homme cis, et que vous débattez avec une femme cis à propos de féminisme et de la sécurité des femmes, ayez en tête que vous êtes un homme et que cela peut rendre votre propos contreproductif. S’engager dans une telle conversation ne va que renforcer le prétexte de victimisation des femmes transphobes qui prétendent que les droits des trans sont un cheval de Troie de la domination masculine.

Bien évidemment, ce n’est pas le cas, mais quand il s’agit de sujets pointus du féminisme, très peu d’hommes cis savent comment s’y prendre. Et je refuse que des hommes cis trouvent dans mon activisme trans des excuses pour se permettre d’être intimidants envers des femmes.

Aussi, il vaut mieux partager des articles féministes positifs et trans-inclusifs sur des plateformes où ils seront très lus, et en parallèle supprimer tout commentaire transphobe. Gardez en tête que lorsque vous bloquez une personne, il/elle ne pourra plus répondre à un message posté dans un groupe. Si vous n’êtes pas admistrateurice d’une page, vous ne pourrez pas forcément supprimer certains commentaires, bloquez simplement les personnes en question. Ayez une réponse concise et ferme, signalez-les auprès des administrateur·ice·s de la page, et bloquez-les. 

Dans vos groupes ou pages, pensez à élaborer une charte qui stipule que tout discours s’opposant aux droits des groupes marginalisés est interdit, même sous couvert de «naïveté», argument qui bien souvent cache des attitudes toxiques et envahissantes. Soyez conscient·e·s des liens entre les transphobes qui se disent féministes et/ou de gauche et l’extrême droite et observez bien comment leurs propos se recoupent. 

Tant que les gens « woke » (sensibles aux justices sociales) auront des « débats polis » sur le droit des personnes trans,ces dernières et derniers continueront de souffrir et de mourir de cette violence structurelle. Les discours désincarnés et déshumanisés font partie du mécanisme qui alimente les crimes de haine et les statistiques alarmantes des taux de suicide. Cela doit cesser.

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