Comment parler d’une personne non-binaire ?

Préambule

Dans cet article, il est question de personnes non-binaires. Pour plus d’information, lire notre article : ça veut dire quoi non-binaire ?

Les personnes non-binaires sont des personnes n’étant pas ou pas exclusivement des hommes ou des femmes. On ne peut pas deviner d’après l’apparence d’une personne qu’elle est non-binaire (abrégé en NB), on le sait à la suite d’un coming out de sa part.

Genrer une personne non-binaire

Genrer quelqu’un, c’est le fait de lui attribuer un genre, par exemple grâce à des accords grammaticaux (“heureux” ou “heureuse” par exemple) ou grâce à un pronom (il, elle, iel, etc…).

Selon les institutions officiels réglementant de la langue française, le français courant utilise deux genres grammaticaux pour s’exprimer : le masculin et le féminin. Cependant, la non-binarité s’exprimant en marge ou en dehors de ce cadre, il faut inventer de nouvelles façon de s’exprimer.

En tant que concerné·e ou allié·e, nous savons que la base du respect envers les personnes trans et non-binaires est de les genrer correctement.

Oui mais voilà :

  • Comment genre-t-on une personne non-binaire ?
  • Existe-t-il des pronoms spécifiques aux personnes non-binaires ?
  • Et comment accord-on grammaticalement ?

Aujourd’hui, pour le français, il n’y a pas d’instance normative qui ait été décrétée à ce sujet. Les formes de genrage ternaire ne sont pas nouvelles et ont existé de tout temps avec la langue française… Mais sans s’imposer officiellement jusqu’à nos jours. Plusieurs usages cohabitent donc.

Les pronoms

La première chose à faire quand on veut parler d’une personne non-binaire ou à une personne non-binaire, c’est de voir comment cette personne parle d’elle même et de la genrer de la même façon.

En cas de doute, il est préférable d’utiliser des tournures de phrases permettant de ne pas genrer la personne.

Voici une liste des usages les plus courants :

  • Pronoms il ou elle systématiques : Il ou elle de façon classique
  • Pronoms il ou elle alternés : Utiliser les pronoms il ou elle de façon alternée.
  • Néo-pronoms comme iel : Par exemple : “Iel m’a aidé pour mon devoir de math”.

Pronoms alternés ou systématiques

S’ils sont utilisés de façon alternée, il convient de le faire aussi et de ne pas se cantonner à un pronom/accord.

Inversement, si la personne semble utiliser il ou elle de façon classique, il est malvenu de partir du principe que puisque elle est non-binaire, ses pronoms/accords seront alternés.

Néo-pronoms

Le néo-pronom le plus répandu en français est : iel. Certaines personnes utilisent en complément le pronom réfléchi ellui : “c’est à ellui”. D’autres répètent simplement leur pronom.“c’est à iel”. Très souvent, cela s’accompagnera d’accords dégenrés, mais pas systématiquement. 

Toutes les personnes non-binaires n’utilisent pas forcément le pronom iel. il peut s’agir de ol, ul, ælle, al, ille, æl, etc… 

En anglais

En anglais, l’usage courant pour les personnes non-binaires est d’utiliser les pronoms they/them. Son utilisation est d’ailleurs plus répandue que notre pronom neutre iel.

Il est admis que cela se traduit par iel/ellui en français (et non par “ils/elles” ou “ils/leur”) et qu’il est nécessaire d’utiliser des accords neutres/inclusifs avec.

Accords dégenrés à l’écrit

On parle d’accords dégenrés pour désigner la manière dont s’accorde la grammaire pour genrer un groupe mixte, dont le genre n’est pas défini ou bien une personne non-binaire.

Quand on sait qu’une personne utilise des accords dégenrés, cela se traduira à l’écrit par de l’écriture inclusive. C’est à dire combiner les mots et accords féminins et masculins ensemble, via un point simple, un point médian, une parenthèse, ou autre.

Par exemple : 

  • Un.e acteur.ice 
  • Mon ami·e étudiant·e
  • Tatoueur(euse) 

Les points médians et les points simples sont les façons de faire les plus répandue dans la presse ou la communication et donc les plus facilement compréhensible (on peut les retrouver dans des journaux comme Têtu, Causette ou Vice, ou bien la communication de la SNCF et la RATP par exemple).

Version comprimée

Lorsque le mot s’y prête bien, les utilisateurices courants de l’écriture dégenrés pourront utiliser une version comprimée, juxtaposant les différentes variantes d’un mot sans caractère pour les séparer. 

Exemples :

  • san ou saon (à la place de s·a·on) / tan ou taon
  • cellui-ci (à la place de celle-ci et cellui-ci)
  • acteurice
  • activ ou actifve
  • belleau / vieilleux
  • heureuxe ou heureuxse
  • soulagæ

Accords dégenrés à l’oral

C’est souvent LA grande question concernant l’écriture inclusive et, à fortiori, quand on est non-binaire et que l’on voudrait expérimenter ça pour soit même. 

Cette partie est donc autant un outil pour aider à la transition des personnes NB voulant se genrer au neutre, qu’un guide pour les allié·e·s cherchant à soutenir leurs proches non-binaires.

Ces méthodes ne fonctionnent pas toutes systématiquement. Il faudra donc jongler entre elles en fonction du contexte et des mots employés.

Voici quelques exemples pour vous donner une idée de ce à quoi ça peut ressembler :

Méthode Description Exemple
Répéter deux fois l’accord Une fois d’un genre, puis de l’autre.Je suis président / présidente de mon association.
Combiner les deux accordsQuand cela s’entend à l’oral. Bravo pour ton diplôme de docteuresse.
Prononcer « euh »Ce que l’on écrirait « · e » (ø) en écriture inclusive. Je suis satisfaiteuh d’avoir fini premièreuh.
Faire une pause entre le mot et l’accordPour symboliser l’utilisation des points médiants “· e” en inclusif.Je suis tou .. te
Utiliser æPrononcé ae « aé » ou « éy », comme ce que l’on écrirait « é·e » en écriture inclusiveJe suis fatiguæ. (« je suis fatiguéy »)
Prononcer « tss »Prononcer ce qui s’écrirait “t·e” en inclusif avec un t assourdi prononcé “tss”Iel est le la meilleureuh étudiantss.

À propos des mots épicènes

Un mot épicène est un mot dont la forme masculine et féminines sont indifférenciés.

Les mots épicènes à l’oral (amie et ami, amusé et amusée, fatigué et fatiguée etc…) ne peuvent ne pas être modifiés.

Il est bien sur possible de mélanger plusieurs exemples listés plus haut, en fonction de ce qui nous plaît ou que l’on trouve le plus facile à dire.

Les mots intrinsèquement genrés

Quelques points de vocabulaires précis posent parfois soucis en français concernant les personnes non-binaires, voici des alternatives dégenrées.

Monsieur (M.) ou Madame (Mme.) ?
En anglais l’usage est de dire Mix (abrégé en Mx Dupont). Certaines personnes francophones utilisent aussi cette formule et elle sera la plus facilement comprise en raison de la présence du “M” rappelant “M.” et “Mme” et du “x” étant traditionnellement associé à l’inconnue, l’indéterminé. 

En français on retrouve aussi l’usage de Meneste ou Menestre (abrégé en Mn) qui est cependant plus minoritaire.

Frère ou soeur ?
L’équivalent neutre de frère ou soeur est adelphe. De la même façon, on dira une fraternité, une sororité, une adelphité.

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