Commencer un traitement hormonal

Cet article concerne la France. Contribuer pour d’autres pays.

Une hormonothérapie, ou traitement hormonal (TH, ou THS pour « substitutif »), est un traitement à base de différentes hormones.

Un TH peut être suivi pour éviter une grossesse non désirée, pour arrêter le cycle menstruel (pilule contraceptive), en raison d’effets secondaires liés à la ménopause ou bien suite à un cancer, par exemple.

Pour les personnes trans, un traitement hormonal peut être souhaité pour bénéficier de certains effets d’une puberté masculine ou féminine. Ou bien pour réduire les effets provoqués par les hormones produites naturellement par le corps : poils, répartition des graisses, développement musculaire et osseux, arrêt des règles….

Dans la majorité des cas, les étapes pour obtenir un traitement hormonal seront :

  1. Chercher et choisir un·e médecin qui est apte à fournir une ordonnance pour un THS.
  2. Suivi psy pour obtenir une attestation de non contre-indication
    (Seulement si votre médecin vous le demande, ce qui arrive souvent si c’est un·e endocrinologue)
  3. Bilan sanguin et hormonal prescrit à l’issu du premier rendez-vous
  4. Ordonnance délivrée suite aux résultats du bilan de santé au deuxiè-me rendez-vous
  5. Renouvellement nécessaire plusieurs fois par an

1. Trouver un praticien

Prescription d’un TH masculinisant

En théorie, la première ordonnance pour l’ordonnance devra être prescrite par un médecin spécialiste :

  • Endocrinologues
  • Gynécologues
  • Urologues

En général, ces praticiens peuvent seuls, après un bilan sanguin, vous prescrire un traitement hormonal.

Les médecins généralistes ne sont pas habituellement pas habilités à délivrer une ordonnance de testostérone. Cependant, en pratique, certains praticiens sensibilisés au sujet pourrons vous en prescrire. Mais certaines pharmacies se réserveront le droit de ne pas accepter une telle ordonnance.

En revanche, les médecins généralistes peuvent tout à fait renouveler une ordonnance de testostérone.

Prescription d’un TH féminisant

Un traitement hormonal féminisant peut être prescrit par des :

  • Médecins généralistes
  • Endocrinologues
  • Gynécologues
  • Urologues

En général, ces praticiens peuvent seuls, après un bilan sanguin, vous prescrire un traitement hormonal.

Trouver les bons praticiens

Soyons honnête, la plupart des praticiens (psy, endocrinologues, généralistes, gynécologues…) sont peu ou pas formés à recevoir des patient·es trans et non-binaire. Ou bien leur formation remonte à une autre époque.

Dans ce contexte, plusieurs options s’offrent à vous :

  • Les planning familiaux de votre ville peuvent délivrer une ordonnance.
  • Les associations de votre région, qui ont toujours de bonnes adresses à conseiller.
  • La carte de Fransgenre qui collecte des adresses, sourcé par leur communauté, à demander par mail ou via leurs réseaux sociaux
  • La BDDTrans (base de données trans), un site qui réunit une liste de praticiens ayant eu des patients trans. C’est pas toujours à jour, mais ça peut aider.
  • Poser la question sur les réseaux sociaux, ou sur des groupes d’entraide et d’auto-support
  • Compter sur la chance, et prendre contact avec plusieurs praticiens avant de décider lequel vous suivra dans votre transition.

Si vous êtes Belge : le site Info Transgenre propose une carte de praticiens dans la région flamande.

2. Optionnel : attestation psychiatrique

Certains médecins, en particulier des endocrinologues, demandent une étape supplémentaire avant de vous délivrer une ordonnance : un diagnostique référentiel d’une dysphorie de genre. Ce dernier prend la forme d’une attestation psychiatrique.

Cette pratique, pouvant repousser de plusieurs mois le début d’un traitement, est pourtant loin d’être obligatoire. Elle peut s’éviter en trouvant un·e praticien·ne sensibilisé·e aux problématiques trans.

Si vous souhaitez malgré tout passer par un·e endocrinologue demandant une attestation psy, retrouvez toutes les informations utiles à cette démarche sur l’article dédié.

3. Bilan de santé

Lors du premier rendez-vous, votre médecin va vous demander un bilan de santé, et vérifier les risques d’une prise de traitement hormonale selon votre profil et vos antécédents familiaux.

Composants possibles d’un bilan de santé

  • Une prise de sang pour analyse sanguine et hormonale.
  • Une IRM du cerveau (en cas de prise d’Androcur, en raison des risques associés à sa prise sur le moyen et long terme).
  • Un examen des chromosomes (caryotype).
  • Une échographie mammaire ou une mammographie.
  • Une échographie abdomino-pelvienne et / ou testiculaire.
  • Des tests cardiaques (électrocardiogramme, épreuve d’effort, etc).

Selon votre ville, si les délais pour la prise de rendez-vous sont long, nous vous conseillons de vous y prendre à l’avance pour éviter de perdre plusieurs mois d’attente.

👀 Attention aux abus
Dans la plupart des cas, un bilan sanguin et hormonal (prise de sang) suffisent. Vous demander une batterie de tests médicaux avant un début de traitement sans raison n’est pas un comportement normal.

Prise de sang : les valeurs à analyser

Les valeurs habituellement testées lors d’un bilan sanguin pour début de traitement hormonal sont :

  • Testostérone
  • Oestrogène
  • Prolactine
  • LH
  • FSH
  • TSH
  • NFS
  • Bilan lipidique
  • glycémie à jeun
  • Bilan hépatique (ASAT, ALAT, GGT)
  • Créatinine

Par la suite, il est possible de ne pas tester toutes ces valeurs systématiquement, mais il est recommandé de faire un bilan global au moins de temps en temps.

4. Ordonnance

Suite au bilan de santé, si tout se passe bien, vous recevrez votre ordonnance. Rendez-vous à la pharmacie la plus proche. En cas d’injection (de testostérone notamment), prenez rendez-vous avec un·e infirmier·ère pour vos premières fois. 🎉

Une fois obtenue, gardez précieusement cette lettre dans vos archives. Faites-en une copie numérique. Même si elle n’est pas obligatoirement légalement pour ces démarches, elle pourra vous servir pour le changement de prénom et de mention de sexe, si vous prévoyez de le faire.

5. Suivi et renouvellement

Durant la première année, il est nécessaire de faire des bilans hormonaux tous les 3 mois, pour pouvoir ajuster les dosages et les méthodes de prise de traitement. (voir plus haut dans l’article pour la liste des taux à tester).

La durée de prescription d’une ordonnance peut être très variable. Mais elle aura tendance à s’allonger avec les années et après avoir trouvé un traitement stable et efficace.

Le renouvellement d’une ordonnance peut se faire par l’endocrinologue d’origine, ou bien par un·e gynécologue ou médecin généraliste.

💡 Pour suivre vos résultats
Ouvrez un document dans un tableur (comme Google Sheets, FramaCalc ou Excel) pour noter vos bilans hormonaux à chaque prise de sang. Ainsi, vous pourrez constater l’évolution de vos taux hormonaux, et le partager aux médecins qui vous suivent.

Pour les mineurs

Avant 18 ans : accord parental nécessaire

Légalement, votre médecin vous demandera un aval de tous vos tuteurs légaux (vos deux parents), pour se prémunir de poursuites éventuelles. Il faudra fournir au praticien une lettre signée par les deux parents expliquant qu’ils vous autorisent à démarrer un traitement hormonal avant 18 ans.

Avant 16 ans : bloqueurs d’hormones

Il n’est pas nécessaire de prendre des hormones avant le développement de la puberté. En revanche, à l’entrée de la puberté et de la production d’hormones sexuelles, il peut se poser la question de passer par des bloqueurs d’hormones.

Les bloqueurs d’hormones sont des produits, prescrits par votre endocrinologue avec l’accord de vos parents, qui permettent de mettre en pause une puberté. Cette pause est réversible, et l’arrêt des bloqueurs sans hormones substitutives provoquera alors le redémarrage de la puberté naturelle.

Ces bloqueurs peuvent être prescrits dès que l’ado entre dans le stade Tanner 2, c’est à dire le début du développement de caractéristiques sexuelles secondaires (développement de la poitrine et de l’utérus ou développement des testicules). L’âge atteint pour Tanner 2 peut varier : de 8 et 13,5 ans chez les ados assigné·es filles, et de 9 et 14,5 ans chez les ados assigné·es garçon.

Cette pratique étant encore rare en France, nous vous conseillons vivement de vous rapprocher d’associations pour trouver des praticiens aptes à vous conseiller et vous suivre.

Plus d’information sur la prise d’hormones pour les mineur·es sur le site infotransgenre.be (informations pour la Belgique).

Auto-médication

Nous ne pouvons pas vous conseiller de tenter l’auto-médication. Cette pratique peut s’avérer très dangereuse, et il sera toujours plus sain d’être suivi·e par un·e professionnel·le de la santé connaissant le sujet.

Désormais, des consultations en ligne sont disponibles à distance, même pour les personnes vivant dans des régions reculées avec peu de ressources pour se déplacer.

Si malgré tout, à cause de votre situation vous n’avez pas d’autre choix que passer par l’auto-médication, faites bien attention à vous faire conseiller les produits que vous achetez par des personnes de confiance. Aidez-vous un maximum des associations, des communautés en ligne et des ressources en ligne pour vous former sur le sujet.

Prix et remboursement

Médecin généraliste

Une consultation chez un·e médecin généraliste de secteur 1 (c’est à dire sans dépassement d’honoraire) coûte 25€, est remboursée 16,50€ par la Sécurité Sociale. Sans mutuelle, vous débourserez 8,25€ pour une séance.

En secteur 2, le remboursement est toujours de 16,50€ mais le prix varie selon le/la praticienne.

Spécialistes

En secteur 1, une consultation chez un·e spécialiste de (c’est à dire sans dépassement d’honoraire) coûte 26€, est remboursée à hauteur de 70% (17,50€) par la Sécurité Sociale si vous passez d’abord par votre médecin traitant. Ainsi sans mutuelle, vous débourserez 8,25€ pour une séance.

Si vous prenez rendez-vous directement avec un·e spécialiste, vous ne serez remboursé·e qu’à hauteur de 30% des 26€.

Le reste du tarif peut être pris en charge par votre assurance complémentaire ou mutuelle. Sinon, en secteur 1, vous payez en moyenne 10€ par séance.

En secteur 2, le remboursement est aussi de 17,50€ par la Sécurité Sociale, mais les tarifs peuvent grandement varier selon les spécialistes. N’hésitez pas à demander à l’avance le prix d’une séance, pour éviter les mauvaises surprises.

Prix des hormones

Le prix des hormones peut varier en fonction de la méthode de prise et du produit concernée. Pour les hormones les plus communes, elles sont remboursées partiellement par la sécurité sociale.

Avec la sécurité en sociale et une mutuelle, vous ne débourserez jamais plus de quelques euros pour les traitements les plus courants. Et même sans prise en charge par la sécurité sociale, vous ne payerez jamais plus d’une dizaine d’euros par mois.

La seule dépense notable sera l’achat du matériel nécessaire aux injections de testostérone (ex : 15€ pour 100 seringues).

Détail des prix disponibles sur le site Transposé-e-s : œstrogène et testostérone.

ALD : Aide financière disponible pour les personnes trans

Une aide pour les personnes trans existe, vous permettant d’obtenir le remboursement à 100% de vos consultations psychiatriques. En savoir plus sur l’ALD.

FAQ

Quels produits dois-je demander à mon médecin ?

Nous vous conseillerons toujours de vous intéresser aux différentes options disponibles pour vous, et d’apprendre à maîtriser le sujet de votre traitement hormonal. Même si votre médecin connait très bien son sujet (ce qui n’est pas le cas systématiquement), il est important que vous puissiez dialoguer ensemble.

Pour en savoir plus sur les produits pouvant être envisagés, rendez-vous dans les pages de notre dossier sur le THS féminin et la page des traitements hormonaux.

⚠️ Androcur
Dans le cadre d’un traitement féminisant, certains médecins vous proposeront un traitement à base d’Androcur, parce qu’il s’agit du bloqueur de testostérone le plus connu en France.
Cependant, il est désormais connu pour ses risques sur la santé pouvant aller jusqu’à une tumeur cérébrale. Nous vous conseillons de refuser un traitement à base de ce médicament.

Combien de temps dois-je prendre le traitement ?

Le traitement est à appliquer tant que vous souhaitez bénéficier des effets des hormones. Selon les besoins et les profils, certaines personne trans les prendrons à vie, d’autres déciderons d’arrêter le traitement au bout d’un certain temps (6 mois, 2 ans, 10 ans, ect) .

Il est possible de les arrêter à tout moment sans risque pour la santé si le corps a des organes capables de produire des hormones sexuelles (présence de testicules ou d’ovaires fonctionnelles). Les produits utilisés peuvent varier selon votre santé, des opérations que vous effectuez et vos propres décisions personnelles.

Après une opération d’ablation des gonades (testicules ou ovaires), une prise de traitement hormonale sera nécessaire pour éviter une carence en hormones qui peut mener à une santé plus fragile et de l’ostéoporose.

Que se passe-t-il en cas d’arrêt du traitement ?

Dans le cas d’un arrêt de traitement, certains changements restent :

Après l’arrêt d’un traitement hormonal masculinisant :

  • la voix peut remonter légèrement chez certaines personnes mais les changements restent
  • La pilosité peut décroître un peu mais reste
  • L’hypertrophie du clitoris reste
  • Les autres changements (odeur, texture de la peau, densité des cheveux) disparaissent.

Après l’arrêt d’un traitement hormonal féminisant :

  • Les seins deviennent plus petits mais restent
  • Les autres changements (odeur, texture de la peau, densité des cheveux) disparaissent.

Dans les deux cas, la répartition des graisses va se faire dans « l’autre sens ». La vitesse à laquelle cela va se passer va dépendre des personnes, mais en général, plus le traitement a été pris longtemps, plus la re-répartition sera lente.

Si vous ne souhaitez pas cela, ou si votre corps n’a plus/pas des organes capables de produire des hormones sexuelles (présence de testicules ou d’ovaires fonctionnelles), le traitement sera a vie.

Il est par ailleurs tout à fait possible de reprendre un traitement hormonal après qu’il ait été arrêté.

Il est également possible recourir à un traitement hormonal microdosé (qui remplace seulement partiellement votre hormonologie naturelle). Les changements seront les mêmes qu’un traitement hormonal classique, mais seront moins intenses et mettront plus de temps à arriver.

Plus d’information à propos des traitements sur la brochure de OuTrans.

Quels effets sur ma fertilité ?

Après quelques mois de prise de traitement, la plupart des personnes trans voient leur fertilité réduite, voire ne sont plus fertiles. Dans certains cas, l’arrêt prolongé (environ 6 mois) du traitement peut permettre de retrouver sa fertilité. Mais nous vous conseillons de ne pas compter là dessus, étant donné que le retour à la fertilité n’est pas systématique.

Si vous souhaitez débuter un traitement hormonal et que vous avez pour projet d’avoir des enfants, nous vous conseillons d’étudier la question de la conservation de vos gamettes avant le début du traitement.

Plus d’informations sur notre article dédié et sur les pages pour les hommes trans et les femmes trans sur le site infotransgenre.be.

Autres ressources

Le Wiki Trans ne s’engage pas sur les méthodes et produits présentés dans cet article. Notre site est rédigé par des bénévoles et ne remplacera jamais l’avis d’un professionnel de santé. Pour toute question ou remarque, contactez-nous.

Dossier THS féminisant – Version 1.2

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