Témoignage

Clem, femme trans non-binaire de 20 ans

Je suis une petite étudiante de 20 ans en art appliqué (BTS mode pour être plus précise). Accessoirement je suis une gameuse et encore plus accessoirement je suis poisson ascendant lion. En ce moment je suis sous bloqueurs testostérones decapeptyl, j’espère avoir bientôt mes hormones féminisantes.

J’ai compris que j’étais trans en début d’année 2018, je suis out à tout le monde sauf une partie de ma famille.

Racontez votre parcours jusqu’à comprendre que vous étiez trans. Comment l’avez-vous compris ?

Ma prise de conscience hum … c’est le résultat d’un assez long processus de “déconstruction”. Je ne dirais pas que j’ai toujours été une femme car je ne pense pas que le genre soit essentiel et prédéterminé.

Mais c’est vrai qu’à côté je ne me suis jamais trop sentie en accord avec l’identité d’homme. Je ne correspondait pas aux critères et pour la plupart, les hommes étaient une source de danger à mes yeux.

Je n’ai eu d’amis qu’assez tard (14-15 an) et je pense que c’est a partir d’eux que j’ai pu développer vraiment mon identité de genre, en partie en côtoyant d’autres ami.es transgenre bien sur, mais même des personne femme ou homme cis.

Petit à petit j’ai été amené a réfléchir sur ce qu’était pour moi le genre, peaufiner ma lecture et ma vision des choses, le tout en parallèle d’un éveil politique.

Par contre même si j’ai eu un processus long vers cette compréhension il y’a quand même un événement clé qui a sans doute précipité les choses.

Je pense que ça peut être un peu drôle et intéressant de lister les signes avant coureur.

  • Sur internet j’aimais beaucoup que les gens « se trompent » et me genre au féminin.
  • A un voyage scolaire j’étais dans un groupe de fille et j’ai été confronté au rejet de par mon statut de personne testostéronée et ça m’a fait très mal.
  • Sur tinder je m’étais mis en tant que non binaire à une époque où pourtant je disais encore “naaaan mais je suis pas trans hahaha”

A partir du moment ou j’avais compris que j’étais trans tout est allé très vite, comme j’avais déjà beaucoup réfléchi à la question du genre, je n’étais pas vraiment perdue, et en fait même je n’avais jamais été autant aux commandes de ma vie.

Quelles ont été vos inquiétudes ? Comment les avez vous surmontées ?


Hurrr j’ai pas grand chose de pertinent à raconter. Perso du coup mes problèmes la plupart du temps c’est le stress des cours.

Comment se sont déroulés vos coming-outs ? Si vous ne l’avez pas (encore) fait, pourquoi ?

Mon coming out s’est bien passé avec tout le monde sauf avec la famille (ou la il n’a pas été fait avec tout le monde). Encore une fois j’ai pas grand chose à dire les choses se sont faites rapidement et assez simplement. J’ai été assez brute de décoffrage, j’avais pas envie de prendre des gants. SAUF avec ma mère ou j’ai laissé traîner finalement c’est elle qui m’a mis dos au mur, je regrette d’ailleurs beaucoup ça.

Racontez quelles sont les personnes qui vous ont aidées durant votre transition.

Mes adelphes trans et mes ami.es globalement. Ils étaient et sont la pour moi. Je suis vraiment contente et fière d’eux c’est bête et niais un peu mais c’est vrai haha.

C’est important d’avoir une possibilité de milieu où on se sent bien et où on a pas à justifier son existence. C’est des cercles de repos qui viennent ressourcer quand ailleurs la transphobie nous fait trop mal.

Etre trans c’est une chose importante dans ma vie, mais je peux pas vivre constamment dans une situation ou on me fait sentir que je suis pas cis, j’irais pas jusqu’à dire qu’il faut des lieux ou on peut oublier qu’on est trans (je sais pas pour ça) mais au moins des espaces ou notre identité est vécue et vue de façon positive ça c’est sur.

Ho aussi du coup je pense que ça vaut le coup que je le précise je suis suivie par un psychologue, un psychiatre et un endocrinologue. Ils sont en lien avec l’assos élan retrouvé. Et j’ai réussi a avoir une ALD.

Petit conseil d’ailleurs si votre médecin traitant se montre chiant pour la faire n’hésitez à en changer. Mon ancien m’a fait traîner pendant 4 mois et 3 rdv compliqué et humiliant, bye bye ce vieux mec, j’ai changé pour un médecin trans friendly et il m’a fait mon ald au bout de 10 mn pour ma première consultation.

Les membre du corps médical ont leur doit rien, si ça se passe mal on peut en changer, la vie est trop courte pour avoir un personnel d’encadrement transphobe !!!

Comment se passe votre transition ? Est-ce que ça valait le coup ? Est-ce le résultat auquel vous vous attendiez ?

Est-ce que ça valait le coup, oui. Même si la démarche est longue je m’en sors plutôt bien. C’est globalement un énorme poids en moins dans ma vie. Je n’ai pas encore de passing efficace mais j’ai l’impression que les gens me considèrent globalement en tant que femme dans mes cercles quotidien.
Aussi j’ai appris à être fière de moi. C’est pas simple et c’est dans de brefs moments mais ponctuellement j’ai vraiment ce sentiment fort de ne plus avoir honte et c’est quelque chose que jamais je n’avais atteint avant.

Un conseil à donner pour une personne trans qui voudrait se lancer ?

Si la famille est un problème, je pense qu’il faut évaluer vraiment les dangers et la situation. Est-ce qu’il y’a risque immédiat sur la vie ? (pour cause de parents violents par exemple …).

Dans ce cas je me doute que la question du coming out ne se pose pas trop. Mais du coup il faut se demander si il est possible de s’éloigner pour être en sûreté.

Si le départ est impossible et que la famille risque de découvrir, alors je pense qu’il faut se préparer à leur en parler avant qu’ils ne décident de te mettre dos au mur.

Si la situation est conflictuelle il faut avoir tous les avantages possible de son côté, choisir le moment de cette discussion en fait partie. Je dirais qu’il faut préparer aussi une belle histoire. Si les parents sont obtus et butés sur la question du genre ça sert pas à grand chose de leur faire la version longue et plus fidèle possible. Il vaut mieux un truc simple et concis, calme aussi.

Si c’est nécessaire et possible aussi si vous êtes coincé pour pas mal de temps avec vos parents et que vous le savez, des week ends chez des amis ça aide vraiment beaucoup. Ça apaise l’esprit ça permet de revivre un peu, l’impression de suffocation c’est mon plus gros problème en ce moment et ça m’aide beaucoup de m’éloigner ponctuellement.

Aussi bien sur qu’il ne faut pas avoir honte de cette partie de notre identité.
Bon bha voila c’est la fin du témoignage. BON COURAGE a mes adelphes trans !!

Ps: conseil aux gens cis si y’en a qui lisent ça (ben dis donc c’est un peu du cisvoyeurisme que vous faites la alors). Quand vous megenerez quelqu’un svp SVP. Pas d’over react, megenrer, tout le monde le fait de temps en temps sans faire exprès, par contre être megenré les personnes trans ça leur arrive beaucoup.

Quand ça m’arrive y’a toujours une petit partie de moi qui à l’impression de crever MAIS, s’il vous plaît ne soyez pas over dramatique, corrigez-vous, excusez vous si besoin mais ne vous attardez pas la dessus. C’est comme se faire surprendre dans une situation gênante, tout le monde est super awkward à ce moment et on préfère oublier et avancer dans le reste de la journée. Quand vous vous éternisé sur des excuses c’est juste un peu agaçant et ça nous prend encore plus d’énergie.

Témoignage rédigé dans le cadre d’une publication pour Wiki Trans. Toute copie est interdite. Merci de respecter ces témoignages.

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