Témoignage

Un an de traitement hormonal (Agathe, 23 ans)

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Enchantée,

Je m’appelle Agathe. Je suis une femme de 23 ans, je vis en région parisienne depuis un an, après avoir passé une bonne partie de ma vie sur la côte d’azur.

Je suis designer. Je conçois des interfaces interactives pour le web et pour des applications mobiles, avec en priorité l’expérience de l’utilisateur. C’est un métier que j’ai mis du temps à assumer, parce qu’il ne me semblait pas suffisamment noble. Mais je n’ai jamais été aussi épanouie dans mon travail.

J’ai une sœur et une mère que j’aime de tout mon cœur. Un compagnon dont je suis éperdument amoureuse et des amis extraordinaires, qui ont tous ce quelque chose qui les rendent indispensable à mon équilibre.

J’aime les jeux de rôle sur table, les films de science-fiction, je suis engagée dans les luttes contre les oppressions systémiques.

Je mange souvent des muffins. J’aime les pizzas à l’ananas et le jus de carotte. Le soir parfois, je prends une soupe chaude aux légumes et ça suffit à me donner le sourire.

Je ne trie pas mes déchets parce qu’il n’y a aucun service dédié propre de chez moi, mais quand je rentre chez ma mère, j’essaie de prendre de bonnes habitudes.

Je suis trans. 

Je suis une femme à qui on a dit à la naissance : “ce bébé sera un homme”. Dès mes 12 ans, je savais qu’il y avait un problème. À 14 ans, j’ai réussi à mettre un mot dessus : “transexualisme, syndrome de Benjamin”. Cette promesse faites à ma naissance me torturait, comme une mauvaise prophétie.

J’ai mis du temps à trouver le moment pour me lancer à l’assaut de cette prophétie. Mon super pouvoir pour en venir à bout ? Je savais qu’elle n’était pas vraie. Rien ne peut l’expliquer. Ni la médecine, ni les sciences sociales. Mais moi, je savais ; je savais que je n’étais pas un homme, que je n’en avais jamais été un.

Le combat, il a été dur. La prophétie avait une arme tranchante, invisible : la dysphorie de genre. Dysphorie était une lame qui vivait en moi. Lorsque j’ai compris où elle se logeait depuis tout ce temps, elle a dû sortir, et j’ai commencé à la voir tous les jours. Parfois le matin sans prévenir, je me retrouvais en larme parce que je ne m’étais pas changée en fille pendant la nuit malgré mes prières. Je passais dans la salle de bain sans pouvoir regarder mon reflet.

À 22 ans, après plusieurs chocs de réalité, j’ai compris qu’on ne pouvait pas échapper à cette arme dévastatrice en se cachant. La dys-faux-rie, elle vous trouve toujours, même si vous vous enfoncez très loin dans le pays du déni.

Alors j’ai décidé de m’équiper. J’ai pris note tous les jours sur mon journal intime des manières de vaincre cette Dysphorie. Connais ton ennemi, dit le proverbe. J’avais appris à l’esquiver durant toutes ces années, j’étais prête à l’affronter de front.

Sessions de laser. De psy. Prises de sang. J’ai récupéré une à une toutes les armes qui m’aideraient à la combattre. Revêtue de mon armure et de l’amour de mes proches, j’ai commencé  la longue odyssée que représente la transition de genre.

C’est là que j’ai trouvé Euphorie. L’euphorie de genre, c’est cette fée qui se présente à vous dans ces moments de grâce où vous vous reconnaissez enfin dans le miroir. Quand votre famille commence à vous appeler par le prénom que vous vous êtes donné. Quand mes seins ont commencé à pousser, Euphorie célébra avec moi cette victoire.

Au terme d’une guerre d’une décennie, Dysphorie, tu as été vaincue. Tu n’as pas disparue mais je n’ai plus peur de toi. Tu es devenue inoffensive.

Tu pourrais revenir un jour mais je serai là, à t’attendre, avec mes proches et Euphorie pour te botter les fesses. Alors ne t’avise pas de t’approcher de nous.

Euphorie se fait de moins en moins lumineuse ces temps-ci. Ces moments de grâce surgissent moins souvent. Mais ça ne m’effraie pas, je sais ce qu’il se passe : elle devient nous. Toutes les deux, Euphorie et moi, on fusionne. Je ne la vois plus, parce qu’elle est à l’intérieur à présent. Elle fait partie de mon quotidien. Elle a remplacé Dysphorie à ce poste.

***

En janvier dernier je me disais : “dans un an, je posterai un avant/après, parce que je serai super fière du résultat”. Un an plus tard, je poste cet avant/après pour des raisons différentes. Je me suis assagie et je regarde plus loin. Aujourd’hui je poste cet avant/après parce que je souhaite me joindre aux milliers d’autres voix qui comme moi vous hurlent :

“C’est possible ! C’est possible !! C’est dur, parfois encore plus pour certains et certaines, mais c’est possible ! On peut s’en sortir ! Vous avez le droit de vous en sortir.

Avoir été ou être heureux ou heureuse dans son placard n’est pas une raison en soi de ne pas faire une transition.

Être trop grande, trop petit, avec des épaules trop larges, des hanches trop féminines, trop poilue, pas assez, avec un début de calvitie, trop vieux ou vieille… tout ça ne sont pas des raisons en soi de ne pas faire une transition.

Trouvez-vous d’autres excuses.

Votre vie est unique. Vous êtes une expérience. Faites-en sorte que ce soit une bonne expérience.

Pour une fois jouez-la perso. Entourez-vous de gens bienveillants et compréhensifs. Prenez le temps de faire les choses proprement, mais ne traînez pas. Utilisez tous les leviers à votre disposition. La peur elle-même sera votre pire ennemie. Continuez à avancer vers votre lumière et ça vaudra peut-être le coup.”

Témoignage rédigé dans le cadre d’une publication pour Wiki Trans. Toute copie est interdite. Merci de respecter ces témoignages.

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