Témoignage

Suzue, femme trans de 40 ans

J’ai bientôt 40 ans, j’ai terminée ma transition tant au niveau administratif qu’au niveau médical, juste des hormones à prendre à vie.
Je suis en couple et je suis également une maman (trans) d’enfants j’ai eu de ma vie avant transition.
Racontez votre parcours jusqu’à comprendre que vous étiez trans. Comment l’avez-vous compris ?
Internet n’était pas encore démocratisé (j’étais à Bac+2 lorsque l’ADSL est arrivé chez mes parents). Les seules infos sur les personnes trans provenaient donc exclusivement des médias mainstream (journaux et télévision) et étaient très négatives et péjoratives.
D’aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours senti fille/femme avec un sentiment profond d’avoir un appendice étranger à mon corps.
J’ai mis des mots sur ma transidentité autours de mes 34 ans en regardant un reportage sur TF1 qui donnait la parole à une personne trans sans qu’aucun journaliste ne parle à sa place !
Avant de découvrir ma transidentité, j’ai passé mon enfance et mon adolescence a croire que je me réveillerais un matin avec un corps de fille. Puis la vingtaine, j’ai fini par me résigner et j’ai enfoui mon mal-être en moi et j’ai tenté de vivre en tant qu’homme.
Mais même enfoui, ce mal-être était toujours présent, car même si j’avais eu des sentiments amoureux, je n’ai jamais eu de relation avec personne avant de rencontrer celle qui a porté nos enfants, à 28 ans.
Quelles ont été vos inquiétudes ? Comment les avez vous surmontées ?
Je n’ai pas eu d’inquiétudes pour démarrer ma transition.
Avant de mettre des mots sur ma transidentité, j’avais des moments de déprimes, de coups de mous.
Après avoir pu mettre des mots, j’ai eu des idées suicidaires, sans jamais les mettre en oeuvre. Ces pensées suicidaires sont devenus de plus en plus fréquentes jusqu’à un matin où j’avais l’intention de les mettre en oeuvre, mais l’idée d’abandonner mes enfants a été plus difficile que ma souffrance.
C’est à ce moment que j’ai décidé de démarrer ma transition car je ne pouvais plus vivre dans le mensonge, je ne voulais pas mentir plus longtemps, surtout pas à mes enfants, je ne voulais pas qu’ils se souviennent de moi comme d’une personne lâche.
Comment se sont déroulés vos coming-outs ? Si vous ne l’avez pas (encore) fait, pourquoi ?
Mon 1er coming out a été à une psychologue, j’étais honteuse, je tremblais.
Mon 2nd coming out a été catastrophique, pendant des semaines j’avais essayé de le dire à celle qui était mon épouse, mais aucun mot de sortait, pour me motiver j’avais fini par lui envoyer un message le matin en lui disant que j’avais quelque chose d’important à lui dire le soir, sauf qu’elle m’avait appelé pendant que j’étais au boulot parce qu’elle ne pouvait pas attendre, j’ai donc fait un coming out par téléphone où je n’ai rien pu expliquer.
Les coming out suivants ont été pour ma famille qui a tout de suite compris et accepté.
Les enfants, lorsqu’ils sont jeunes, peuvent tout entendre et tant qu’on donne de l’amour ils acceptent tout.
Enfin à mes collègues et chefs, où j’ai fait des coming-out individuels, je travaille dans l’informatique et j’avais une certaine reconnaissance de mes paires, cela a surement aidé à ce qu’ils m’acceptent telle que je suis.
Racontez quelles sont les personnes qui vous ont aidées durant votre transition.
Mes parents pour leur soutien.
Mes enfants pour l’amour qu’ils me donnent.
Les responsables d’une association transgenre locale, pour les informations qu’ils ont pu me donner.
Les groupes d’entraides trans qui partagent beaucoup d’informations
Comment se passe votre transition ? Est-ce que ça valait le coup ? Est-ce le résultat auquel vous vous attendiez ?
Je ne regrette pas du tout d’avoir eu mes enfants, mais j’aurai voulu pouvoir transitionner plus tôt, à l’adolescence, mais avec la médecine d’aujourd’hui et pas celle d’il y a 25 ans. En un sens, j’envie les jeunes d’aujourd’hui qui ont un accès plus facile à l’information et qui peuvent démarrer plus tôt.
Après, peu importe l’âge, il n’est jamais trop tard pour transitionner.
J’ai 40 ans, je suis une femme trans binaire et aujourd’hui je suis stealth dans la société.
Racontez un moment très fort de votre transition
Côté négatif, J’ai fait un parcours auprès d’une équipe officielle car malgré que j’habitais une grosse ville, je n’ai jamais pu trouver de psy/endocrino qui accepte de me suivre.
Mon 1er contact avec l’équipe officielle a été traumatisant, j’y étais allé avec une expression de genre masculine puisque je n’étais pas out, et après 4 ou 5 séances le psy que j’avais vu m’avais rembarré en me disant que tant que je ne ressemblerais pas à une femme je n’en serais jamais une. C’en était suivi une grosse période de déprime. Pour le côté positif, je dirais que j’ai explosé de joie intérieurement lorsque mes enfants m’ont appelé maman pour la 1ère fois, même s’ils ne le disent pas souvent ils le disent de plus en plus régulièrement et cela me comble de joie à chaque fois.
Un conseil à donner pour une personne trans qui voudrait se lancer ?
Soyez fier·e·s de vous, soyez vous même.
Si les gens vous regarde de travers, faites leur un sourire, soit ils vous le rendront, soit ils détourneront le regard, mais pensez que ce n’est pas à vous de baisser la tête. Et surtout ne vous retenez pas de faire votre transition pour personne :
Dites vous que si votre conjoint·e qui vous menace de vous quitter si vous transitionnez, c’est qu’iel a l’intention de le faire un jour ou l’autre, et que ça fera de toute façon mal au cœur, alors autant ne pas perdre de temps.

Témoignage rédigé dans le cadre d’une publication pour Wiki Trans. Toute copie est interdite. Merci de respecter ces témoignages.

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